Les eaux salées du Golfe du Saint-Laurent qui entourent la Gaspésie et les Îles de la Madeleine sont riches en homards malgré la hausse de la température de l’eau dû aux réchauffements climatiques. L’observation et les études en cours au Québec, au Canada et aux États-Unis tendent à démontrer que ce crustacé s’acclimate au réchauffement des eaux.
La saison printanière au Québec amène la traditionnelle ouverture de la pêche au homard qui, au plaisir des petits et des grands, garnira leurs assiettes. Ce crustacé à carapace dure, muni de cinq paires de pattes (décapode) et de deux pinces garnies de chair blanche tendre et savoureuse, offrira un plaisir gustatif aux épicuriens du Québec et d’ailleurs.
Pendant que différentes espèces de poissons remontent vers le nord pour éviter le réchauffement de leur espace naturel, le homard semblent s’acclimater à l’eau qui se réchauffe.
Le homard s’adapte au réchauffement de l’eau
Comme le mentionne la météorologue Carmen Hart pour Environnement et Changement climatique Canada, la température de l’atmosphère qui augmente, a un impact direct sur le réchauffement des eaux du Golfe du Saint-Laurent. Dans ce vaste golfe qui communique avec l’océan Atlantique, on a observé une température de l’eau à 17 degrés en juillet 2024. Soit une augmentation de 3 degrés Celsius par rapport à pareille date en 2023. Une hausse substantielle versus la moyenne mondiale a 1,45 degré Celsius (données d’Environnement et changements climatiques Canada). On constate des hausses de 5 à 10 degrés Celsius depuis les dernières années.
Le homard vit dans les rochers et les crevasses dans l’eau de mer à une profondeur maximal de 50 mètres. Quoique l’on ait observé du homard jusqu’à une profondeur de 500 mètres.
L’observation du homard
Selon un rapport d’évaluation du Centre for Marine Applied Research (CMAR) de Dartmouth en Nouvelle-Écosse sur la vulnérabilité de l’espèce, le homard s’acclimate à la hausse de température de l’eau. Le CMAR émet ce constat en 2023 à la suite de l’observation de 240 homards dans 6 zones différentes autour de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse à des températures de 5 à 15 degrés.
« Donc pour moi, c’était une étude vraiment encourageante et un résultat encourageant, car nous avons constaté que le homard peut en fait s’acclimater ou modifier son maximum thermique à des températures plus chaudes. » – explique le biologiste marin et chercheur du CMAR, Ryan Horricks.
Selon Amélie Rondeau, gestionnaire de la division des ressources halieutiques et écosystémiques au bureau du ministère des Pêches et des Océans du Canada à Moncton, il y a des territoires avantagés par le réchauffement de l’eau qui permettent le développement de l’espèce. La biologiste des crustacés explique : « Le homard a une grande tolérance aux variations de température. Il peut vivre dans des eaux près du point de congélation comme dans celles dont la température atteint 25 degrés Celsius. »
Le ministère canadien responsable de la protection des eaux et des activités reliées à la pêche (halieutiques), Pêches et Océans a d’ailleurs émis un avis scientifique en 2024 sur l’état des inventaires de homard en Gaspésie.

L’abondance et la pêche au homard
Selon un article de Météo média du 2 mai 2024, Jean Côté, directeur scientifique du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG) affirme que la plus grande augmentation fut observée en 2023 : « …on a eu une augmentation de presque 30 % par rapport au record précédent. C’est énorme! »
La pêche au homard a connu une « saison superbe » en 2023, selon Radio-Canada (info). Le pêcheur de homard acadien Norbert Gaudet affirme : « en 45 ans, du jamais-vu! ».
L’année 2024 reflète toutefois des résultats différents en Gaspésie pendant que les homardiers des Îles-de-la-Madeleine auraient surpassé de 6,6% les résultats de 2023.
Ailleurs sur les côtes américaines du Maine qui touche à l’océan Atlantique, on constate une baisse de captures du crustacé.

Perturbation de l’écosystème marin
Les impacts du réchauffement des océans et des eaux se reflètent sur l’ensemble de l’écosystème marin. Les Nations Unies/Action Climat observent un bouleversement de la biodiversité marine et une élévation du niveau de la mer.
Colette Wabnitz, scientifique principale de l’Université de Stanford en Californie, explique les impacts émotifs et les maladies liées aux températures élevées du déplacement et de la migration des espèces vers le nord : « Un poisson va toujours chercher à rester dans sa zone de tolérance thermique. Si l’eau se réchauffe, il va donc migrer vers le nord ou en profondeur pour essayer de rester dans un environnement qui est optimal pour lui. »
Pêches et Océans Canada poursuit ses études sur l’ensemble des impacts du réchauffement climatiques sur la biodiversité marine et le homard.
Au Québec, le ministère de l’environnement et de la faune veille au grain concernant le déplacement vers le nord des prédateurs des eaux chaudes tel le bar rayé, une espèce de poisson qui s’alimenterait partiellement de homard.
Des études en cours observeront les autres espèces qui pourraient influencer ou nuire au développement du crustacé tant apprécié des Québécois : le homard.



