L’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans les salles de presse oblige les médias à revoir leurs pratiques professionnelles et à clarifier leurs règles internes. Selon le Reuters Institute, plus de la moitié des organisations journalistiques ont intégré ces outils à leur travail, une évolution qui soulève des enjeux de vérification et d’encadrement professionnel.
Un outil nouveau, puissant et qui exige prudence
L’arrivée massive de l’IA accélère la production de contenus, notamment pour la recherche, la transcription ou la rédaction de brouillons. Si ces gains de rapidité sont appréciés, ils nécessitent d’être surveillés afin d’éviter un relâchement du jugement professionnel.
Désinformation : une menace accentuée par l’absence de règles
La multiplication des contenus falsifiés demeure l’un des principaux risques associés à l’IA. Le World Economic Forum classe la désinformation générée par ces technologies au premier rang des risques mondiaux pour 2024-2025. Cette situation préoccupe autant les journalistes que les équipes de communication de diverses organisations. Ils craignent que de faux contenus circulent si les entités ne prennent pas le temps de régulariser leurs pratiques.
Le besoin urgent de politiques internes
L’encadrement devient une priorité autant dans les médias que dans les organisations publiques ou privées. Pour soutenir cette transition, le Guide de déontologie du Conseil de presse du Québec stipule, depuis 2024, «Les médias d’information s’assurent qu’un contrôle éditorial est effectué par un humain sur tout contenu généré par l’IA avant qu’il ne soit diffusé au public.» et que celui-ci soit clairement identifié. Cette approche commence à s’implanter aussi en dehors du milieu journalistique. « Il faut réfléchir à ce qu’on veut faire avec l’IA et ce qu’on ne veut pas faire. Ce cadre rassure et normalise l’utilisation », explique Émilie Bouchard Labonté, ancienne journaliste sportive maintenant directrice des communications dans un organisme qui développe actuellement sa propre politique concernant l’usage de ces outils.

Suivre l’évolution rapide de la technologie
La vitesse à laquelle les modèles d’IA progressent représente un défi constant. Selon le Stanford AI Index, les capacités des outils d’IA doublent environ tous les six mois, ce qui oblige les rédactions à ajuster régulièrement leurs protocoles de vérification et de transparence.
« L’IA évolue constamment. Ce qui est mis en place aujourd’hui risque d’être dépassé très vite. Il faut rester à l’affût et continuer de réfléchir par soi-même », souligne Émilie Bouchard Labonté.
Vers un journalisme renforcé par des règles claires
Si l’IA accélère certaines tâches et élargit les possibilités de production, elle impose surtout une rigueur renforcée. L’avenir du journalisme repose sur la capacité des médias à encadrer l’utilisation de ces outils afin de préserver les fondements du métier : vérifier, contextualiser et offrir une information fiable.





