Cette année, La Presse, comme le New York Times, a lancé sa plus récente initiative pour suivre les nouvelles tendances d’information : le reportage en vidéo verticale. L’objectif? Mettre les nouvelles là où les gens sont le plus susceptibles de les recevoir : YouTube, Instagram et TikTok. Mais adopter ces nouveaux formats signifie aussi dépendre des règles imposées par les plateformes qui les contrôlent.
Selon une étude NETendances, déjà en 2022, le tiers des Québécois utilisaient les réseaux sociaux comme principale source d’information. En 2024, c’est 64 % des 18 à 34 ans qui s’informent via TikTok, Instagram et YouTube. Adopter la vidéo verticale devient donc une décision logique.
En entrevue, Valérie Beauchesne, directrice de l’Innovation à La Presse, explique que le vidéo vertical était « la prochaine évolution logique » pour le journal. Après un virage numérique réussi dans les années 2010, le quotidien continue de s’adapter à l’écosystème numérique de l’information un mouvement qui vient, bien sûr, avec son lot de défis.

Quand l’information passe par la bouche de géants
« Si tu m’avais demandé en 2021 si je pensais qu’il n’y aurait plus de nouvelles sur Facebook et Instagram, je t’aurais dit jamais de la vie », raconte la directrice. Et pourtant, en juin 2023, Meta, la compagnie mère d’Instagram et Facebook, annonçait qu’en réponse au projet de loi C-18, plus aucune nouvelle provenant de médias canadiens ne serait visible aux utilisateurs partout au pays.
Maintenant que nous ne recevons plus le journal à notre porte, mais plutôt via un intermédiaire comme TikTok ou Instagram, une question se pose : et si Meta ou TikTok choisissaient de bannir des termes intrinsèquement liés à l’actualité?

L’autocensure en journalisme
Les applications privées les plus populaires, comme TikTok et Instagram, ont des systèmes de modération qui censurent des termes tels que fentanyl, marijuana, pistolet, pédophilie et plusieurs autres mots qui peuvent se retrouver au cœur de reportages.
L’utilisation de ces termes entraîne ce que le milieu appelle un shadow ban : un processus par lequel l’algorithme rend une vidéo, et parfois même le compte, invisible. « Il faut trouver une manière de danser avec les mots, dit-elle. Ça fait partie des apprentissages qu’on a faits cette année. »
Or, ces contraintes ne viennent pas du journalisme lui-même, mais des plateformes qui contrôlent la visibilité des contenus.

Un exemple concret
Le conflit israélo-palestinien en est un exemple. Devenu un sujet quotidien depuis 2023, le conflit au Moyen-Orient et les enjeux moraux qui l’accompagnent se sont propagés partout dans le monde en grande partie grâce aux réseaux sociaux, et très particulièrement Tik-Tok.
Le président américain Donald Trump a d’ailleurs fait de la prise de contrôle de TikTok par des intérêts médiatiques américains une priorité politique, une décision qui pourrait avoir un impact majeur sur les contenus liés au conflit.
Et si ces compagnies s’en prenaient aux médias qui ne font que publier des reportages ou des capsules informatives? Ou banissent tout simplement la terminologie en lien avec les sujets? Valérie Beauchesne partage cette inquiétude : « Ça va vraiment dépendre dans quelles mains ça va tomber. »





