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Quand les institutions deviennent leurs propres médias : quel avenir pour le journalisme ?

Hôtel de ville de Clarence-Rockland en Ontario

Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont redéfini la manière dont l’information circule. Les institutions publiques, les entreprises et même les gouvernements n’ont plus besoin de passer par les médias pour s’adresser à la population : ils publient eux-mêmes leurs messages sur leurs propres plateformes. Ce phénomène, appelé désintermédiation, remet profondément en question le rôle du journaliste.

Les institutions n’ont plus besoin des médias pour communiquer

« Nos citoyens sont connectés sur Facebook et Instagram bien plus que devant la télévision », explique Amine Haddad, Web Content Coordinator à la Ville de Clarence-Rockland, en Ontario. Son travail consiste à produire et diffuser du contenu bilingue (français-anglais) pour informer les résidents des services municipaux, des événements et des décisions locales. « Pour les messages urgents ou les informations pratiques, on privilégie à 100 % les réseaux sociaux : c’est plus rapide, plus interactif, et on obtient du feedback immédiat. »

Un rapport transformé avec les journalistes

Cette capacité à communiquer directement avec le public rend les villes plus autonomes — mais modifie aussi le rapport aux journalistes. Les médias deviennent moins les premiers diffuseurs de nouvelles et davantage des observateurs, des vérificateurs et des analystes. « Je pense qu’il y aura toujours une place pour les médias traditionnels, mais leur rôle évolue », souligne Haddad. « Publier dans un journal local ou apparaître à la télévision reste symbolique ; cela confère une légitimité que les réseaux ne remplacent pas totalement. »

Une tendance nationale : les municipalités deviennent leurs propres médias

Partout au Canada, les municipalités suivent cette tendance. « Avant Clarence-Rockland, je travaillais à la municipalité de Casselman, qui a elle aussi refait son site web », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, toutes les villes modernisent leurs plateformes : elles intègrent des chatbots, de l’intelligence artificielle et des outils d’accessibilité pour rejoindre le public où il se trouve. » Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus vaste : chaque institution devient un média à part entière.

Journalistes en salle de rédaction
Dans les salles de rédaction, le rôle du journaliste se déplace vers l’analyse, la vérification et le contexte. Crédit : Shutterstock / america.gov.

Le journaliste face à la désintermédiation

Un rôle recentré sur la profondeur et la vérification

Pour les journalistes, cela représente un défi existentiel : comment maintenir leur pertinence dans un environnement où les sources publient déjà tout ? Selon Haddad, leur rôle doit se déplacer vers la profondeur, la vérification et le contexte. « Les communicateurs institutionnels informent ; les journalistes, eux, doivent expliquer et décoder. Ils vont plus loin, ils questionnent les intentions et les conséquences. »

Le journaliste comme gardien du sens

Dans un futur proche, le journalisme devra composer avec un flux constant d’informations institutionnelles, algorithmiques et automatisées. Sa survie passera par sa capacité à reconstruire la confiance et à offrir une valeur ajoutée humaine : enquêter, contextualiser, hiérarchiser. Alors que chaque organisation devient un média, le journaliste devient plus que jamais le gardien du sens.

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