L’intelligence artificielle s’impose désormais dans les salles de nouvelles. Pour certains, elle représente une révolution inévitable ; pour d’autres, un risque de dérive éthique. Entre ces deux visions, Mario Soucy, Responsable performance numérique et formateur en intelligence artificielle chez Cogeco Média, trace une ligne claire : l’IA n’est ni un substitut, ni un danger absolu, mais un outil puissant qui exige un encadrement humain strict.
« Pour moi, ça devient un outil de performance », explique-t-il. Selon lui, l’IA accélère le travail des édimestres et des pupitres web, sans jamais remplacer ce qui constitue le cœur du métier : la recherche de faits et la vérification.
La règle 10-80-10 : un équilibre où l’humain reste central
Au centre de sa méthode se trouve une règle simple : le 10-80-10. Le premier 10 % correspond à la préparation humaine. « Ça prend toujours un humain pour bien lancer le travail de l’intelligence artificielle », dit-il.
Selon une étude menée en 2025 auprès de journalistes en Inde, 72,5 % affirment que les outils d’IA ont au moins modérément renforcé leur efficacité professionnelle, dont 27,5 % qui parlent d’une amélioration significative, mais uniquement lorsqu’elle est utilisée dans un cadre où l’humain garde le contrôle. Meghna Ghosh, qui signe cette recherche, conclut que l’IA « augmente la productivité, mais nécessite une supervision humaine constante ».
Le cœur du processus, soit 80 % du travail, est automatisé : résumer une entrevue, convertir un audio en article ou proposer une structure. « On convertit le format avec l’intelligence artificielle. On crée pas quelque chose de nouveau, le brut est là. »
Reste le dernier 10 %, crucial : la vérification. Mario insiste sur la nécessité de « rechallenger l’intelligence artificielle » afin d’éviter les erreurs. Un rapport du Reuters Institute et de la BBC renforce cet avertissement : après avoir analysé 3 000 réponses générées par de grands modèles d’IA, les chercheurs ont découvert que 45 % contenaient au moins une erreur majeure. Ce constat rejoint celui d’une étude académique récente plaidant pour une « approche hybride » IA + humain pour garantir la crédibilité journalistique.
Un soutien SEO pour des contenus plus visibles
L’IA joue aussi un rôle stratégique dans la découvrabilité du contenu. Les journalistes ne sont pas tous experts SEO, rappelle Mario.
Cette réalité est documentée par le Generative AI & News Report 2025 du Reuters Institute, qui observe que les rédactions adoptent de plus en plus l’IA pour « optimiser les titres, les résumés et les métadonnées afin d’améliorer la visibilité dans les moteurs de recherche ».
L’IA permet donc d’adapter rapidement un article « pour qu’il soit plus accrocheur », sans modifier le fond journalistique.
Répondre aux «puristes» : L’IA comme comme assistant, pas comme menace
Face aux « puristes » qui craignent que l’IA dévalorise la profession, Mario utilise une analogie simple : « Je te donne un budget pour engager quelqu’un à 60 000 $ par année… tu serais contre ? » Pour lui, l’IA joue exactement ce rôle : un assistant rapide, accessible et sans coûts additionnels.
Il estime que cet outil permet aux journalistes de déléguer les tâches répétitives pour se concentrer sur ce qui demeure irremplaçable : trouver les angles, poser les bonnes questions et informer.
Une conclusion sans équivoque : l’humain reste incontournable
Mario conclut avec une certitude : l’IA ne supplantera jamais l’essence même du métier. « Tu vas toujours avoir besoin du journaliste qui pose la question. »
Ce qui doit rester humain, dit-il, ce sont les idées, l’intuition et le regard critique. L’IA, elle, n’est qu’un outil. Puissant, oui, mais jamais une fin en soi.





