Alors que TikTok, Instagram, X ou YouTube s’imposent comme sources d’information pour une génération entière, le journalisme politique vit une grande période de transformation. Ces plateformes promettent un accès élargi à l’actualité, mais engendrent également des enjeux tels que la désinformation et la rapidité de diffusion qui prône le risque d’une distorsion du message public. Pour mieux comprendre ces tensions, nous nous sommes entretenus avec Guillaume Bourgeault-Côté, journaliste depuis plus de vingt ans pour différents médias tels que Le Soleil, Le Devoir et aujourd’hui L’actualité.
Il a couvert la politique durant la majorité de sa carrière et a également couvert des émissions culturelles en tant que critique de jazz. Pour Guillaume Bourgeault-Côté, il s’agit d’une mutation continue depuis la fin des années 2000 qui a bouleversé non seulement la manière de diffuser l’information, mais aussi celle de la produire en journalisme.
« La plus grosse différence que tout cela a amené à mon sens c’est l’éclatement des formats de production et de diffusion. Par exemple, on peut maintenant séparer des histoires en deux. » – Guillaume Bourgeault-Côté

Un horizon élargi grâce aux nouvelles plateformes numériques
Selon lui, il ne fait aucun doute que l’intérêt du public pour la politique reste réel, même dans un environnement où l’attention se fragmente. Une raison de plus pour les journalistes d’adapter leur contenu sur ces nouvelles plateformes. « On a récemment eu un cas sur tiktok, ou une collègue a découpé un long reportage en format plus court et on a atteint plus de 100 000 vues », souligne-t-il.
Les réseaux sociaux permettent désormais d’atteindre des publics plus jeunes, notamment grâce à des formats courts, explicatifs ou interactifs. Pour Guillaume, être sur ces plateformes est nécessaire pour contrer un décrochage générationnel à l’information.
Cette accessibilité élargie offre aux journalistes politiques un espace pour vulgariser, contextualiser et répondre en direct. TikTok, Instagram Reels ou YouTube Shorts deviennent des lieux où les enjeux complexes peuvent être rendus plus intelligibles.
Cette nouvelle proximité avec le public ouvre des portes inédites : des citoyens qui n’auraient jamais ouvert un journal peuvent désormais suivre l’actualité politique quotidiennement, parfois même sans s’en rendre compte.
Risque réel de distorsion de l’information
Cette ouverture s’accompagne toutefois de nouveaux dangers. « Ça va très vite », constate Bourgeault-Côté. La rapidité imposée par les plateformes peut encourager une simplification excessive des enjeux, voire une dépendance aux déclarations brutes des acteurs politiques.

Le journaliste note qu’il existe encore trop de contenus qui se limitent à « porter simplement les propos de l’un et de l’autre », sans mise en perspective adéquate ce qui biaise les faits et se rapproche d’une forme de militantisme en journalisme. « Il y a de plus en plus de journalistes qui frôlent la limite du militantisme qui vient des réseaux sociaux et de la conversation générale de la société. »
De plus, l’émergence de l’intelligence artificielle complexifie encore davantage ce portrait sociétal. Les outils capables de résumer, générer ou agencer l’information posent la question de la responsabilité journalistique. « Il faut que tu puisses assurer à ton lecteur qu’il y a eu un vrai travail journalistique et être capable d’assumer chaque mot de ton texte », insiste-t-il. La menace n’est pas uniquement technologique : elle touche à la confiance et à l’intégrité même du métier de journaliste.
Un journalisme politique qui doit être plus réflexif
Malgré ces nombreux défis, Guillaume Bourgeault-Côté demeure optimiste. Selon lui, la politique reste un champ « institutionnel », donc relativement stable. L’avenir du métier reposera sur la capacité des journalistes à affirmer leur valeur ajoutée dans la rigueur, l’analyse et la mise en perspective. Il faudra que la réflexion humaine soit davantage renforcée face à ces changements. « J’ai confiance en la marche du monde dans le bon sens », conclut-il.





