Pour rivaliser avec les géants du web, les médias d’information font face à un double défi. Préserver la qualité et la gratuité de leurs contenus tout en demeurant financièrement viables. Dans ce contexte, le futur du journalisme ne se jouera pas seulement dans les salles de rédaction, mais aussi à travers l’innovation publicitaire. La clé de cet avenir repose sur des produits jumelant performance pour les annonceurs et acceptabilité publicitaire par le lecteur.
« La minute que tu ne respectes plus ton lecteur, c’est là que la chaîne débarque », explique Olivier Boudreault, conseiller publicitaire aux ventes nationales chez La Presse. Selon le quotidien québécois, la meilleure manière pour les médias d’information d’éviter l’irritation publicitaire est d’impliquer les lecteurs dans leurs plans de développement.
Acceptabilité publicitaire du lecteur
Chaque jour, lors de la première ouverture de l’application La Presse+ sur tablette, l’utilisateur doit visionner une vidéo publicitaire de 30 secondes pour accéder au contenu. Un message expliquant sa raison d’être accompagne la vidéo : financer une information de qualité et accessible pour tous.
« Le lecteur veut comprendre, pas se sentir idiot. Une fois qu’ils comprennent que leurs yeux ont une valeur, ils veulent contribuer au succès du média. »
Olivier Boudreault, conseiller publicitaire aux ventes nationales chez La Presse
L’objectif est non seulement que la publicité ne soit plus un irritant, mais qu’elle fasse partie intégrante de l’expérience. « Il y a des lecteurs qui nous appellent quand leur vidéo publicitaire ne s’affiche pas, raconte le conseiller. Ils veulent voir leur vidéo. » Ce renversement n’est pas un hasard. La Presse consulte un panel de 8 000 lecteurs pour tester de nouveaux formats et s’assurer que l’expérience demeure optimale. L’implication du public devrait devenir un pilier du modèle d’innovation pour les éditeurs.

Solution marketing face aux GAFAM
Cela étant dit, cette bienveillance ne suffit pas à garantir la viabilité du modèle. Les médias doivent aussi livrer des résultats de ventes tangibles aux annonceurs. Comme l’explique Rachel Jalton, spécialiste en médias sociaux à l’agence Cossette Média, « le fait d’être canadien ne suffit pas : les investisseurs s’attendent à de la performance. Plus souvent qu’autrement, les entreprises annoncent sur Google et Meta par nécessité et non par préférence ». Chaque dollar investi doit être rentable et c’est ce que les géants du web savent offrir. Ce n’est pas par hasard s’ils encaissent plus du trois quarts des revenus publicitaires au Canada.
Pour rivaliser, La Presse développe des produits publicitaires inspirés des médias sociaux. Le plus récent, Collection, est un format carrousel adapté aux besoins des annonceurs. Les tuiles peuvent, entre autres, présenter des produits, des voyages ou des recettes, accompagnées d’un appel à l’action. Ce produit vient donc combler le manque de produit permettant de convertir le trafic en vente.
Bien que ces produits sont axés sur la vente, M. Boudreault explique que « le panel de 8 000 lecteurs a tout de même été consulté. La priorité c’est que ça ne soit pas intrusif et que le lecteur ait le choix ». La philosophie derrière cette manière de faire : un produit accepté est un produit performant.
Somme toute, cette stratégie rejoint les constats de l’Institut Reuters. Leur Rapport sur les nouvelles numériques 2024 explique que « les médias qui allient innovation et acceptabilité publicitaire réussissent à renforcer la fidélité de leur audience tout en maintenant leurs revenus ». Car dans un ère où le fléau de la désinformation bat son plein, c’est cette alliance entre performance et bienveillance qui pourrait bien garantir la survie d’une information libre, crédible et accessible à tous.





