Le journalisme féministe cherche aujourd’hui un équilibre entre parole engagée et rigueur professionnelle. Pour Marilyse Hamelin, chroniqueuse et autrice, la solution passe par la transparence et l’authenticité plutôt que par une neutralité de façade.
Les plateformes numériques ont ouvert l’espace médiatique à de nouvelles voix féministes, libérées du cadre des grandes rédactions. Ce gain d’accès a permis une diversité d’opinions et de styles, mais il a aussi fragmenté l’attention : l’algorithme favorise le contenu viral, rapide, souvent émotionnel, au détriment de l’analyse et du reportage fouillé. Hamelin voit dans cette tension une occasion de repenser les codes : parler vrai, assumer son point de vue et rester rigoureuse dans la méthode. « L’irrévérence, c’est ma façon de rester libre », affirme-t-elle.
Engagement et rigueur à l’ère numérique
Être engagée ne veut pas dire négliger la vérification. Hamelin revendique un journalisme féministe qui repose sur des faits, non sur la seule opinion : « Mon travail est fouillé, sourcé et vérifiable ». Cette approche protège la parole militante des accusations de biais et renforce la crédibilité des femmes journalistes dans un environnement médiatique souvent polarisé.

Mais les défis sont nombreux : l’intelligence artificielle automatise la production d’articles, menaçant la qualité et les revenus des médias indépendants. Parallèlement, les accords entre plateformes et rédactions redessinent les équilibres économiques et éditoriaux. Ces transformations forcent la profession à s’adapter sans renoncer à sa liberté.
Hamelin propose trois pistes : d’abord, miser sur la formation numérique, pour que les journalistes maîtrisent la vérification en ligne, la donnée et les formats courts ; ensuite, valoriser des formats hybrides, capables de combiner émotion et information ; enfin, explorer de nouveaux modèles économiques, comme les abonnements communautaires, les coopératives et les partenariats éthiques. Ces stratégies visent un même objectif : préserver la rigueur tout en donnant de la voix à des récits longtemps marginalisés.
Une rigueur engagée
Pour Hamelin, l’avenir du journalisme féministe ne réside ni dans la neutralité ni dans la provocation, mais dans la constance : enquêter, citer ses sources, assumer son regard. « Être engagée, c’est aussi rendre des comptes », dit-elle. Dans un espace saturé d’opinions, la crédibilité pourrait redevenir la vraie mesure de la liberté.





