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L’IA, ami des journalistes indépendants?

Image d'un cerveau artificiel avec "ChatGPT" écrit en avant.

Une étude conduite aux États-Unis en 2022 demandait à des étudiants universitaires en fin de baccalauréat s’ils regrettaient leur domaine d’étude. Un domaine s’y hissait loin devant tous les autres, avec 87% des étudiants regrettant leur choix.

Le journalisme.

Et alors que plusieurs seraient tentés de pointer l’intelligence artificielle du doigt, ChatGPT n’existait pas encore en 2022. Le phénomène s’explique plutôt par des éditeurs qui ferment, des postes qui disparaissent et une entrée sur le marché de plus en plus difficile.

La question n’est donc pas de savoir si l’IA allait aggraver la situation, mais plutôt si elle peut, d’une façon ou d’une autre, aider les journalistes indépendants à rester visibles dans un milieu qui se rétrécissait déjà.

Pour éclairer cette question, j’ai discuté avec Marie-Hélène Dufays Marinescu, journaliste indépendante et collaboratrice régulière à Le Devoir.


Les capacités limitées de l’IA

Marie-Hélène utilise l’IA, mais dans un cadre très précis.

« Pour transcrire une entrevue, c’est impeccable. Pour retrouver un passage audio précis, aussi », explique-t-elle.

L’IA lui permet ainsi de réduire le temps consacré aux tâches mécaniques. Ces gains d’efficacité sont appréciables, surtout pour les pigistes qui travaillent seuls.

Mais l’outil atteint rapidement ses limites. Elle confie avoir déjà testé ChatGPT pour écrire un article par curiosité.

Le résultat? Voix robotique, hallucination, contenu de faible qualité.

« L’IA n’a pas de contexte. Elle ne peut pas décider ce qui est important », rappelle-t-elle. Elle ne choisit pas qui appeler, quel détail mérite d’être approfondi, ou encore si une réponse répond vraiment à la question.

Et puis pour l’aspect humain, comme le résume Marie-Hélène :

L’IA n’a jamais été amoureuse. Elle n’a jamais eu peur.

Autrement dit, l’IA peut générer des textes sommaires, mais elle ne peut ni mener un travail journalistique, ni remplacer l’aspect humain des histoires du journalisme.


Visibilité dans un environnement saturé

Photo de jumelles de vue permettant de regarder de plus près une partie du paysage.
Photo de Ryan Millsap via Unsplashed

L’IA ne fait donc pas de journalisme concurrent.

Elle contribue en fait à un volume massif de contenu dit « AI Slop» qui occupe l’espace numérique: articles synthétiques, résumés instantanés, capsules calibrées pour la viralité sur une plateforme.

Dans ce flux constant, la visibilité devient un défi.

« L’algorithme ne met pas en avant ce qui est rigoureux. Il met en avant ce qui circule », souligne Marie-Hélène.

Le travail sérieux, précis et vérifié n’est donc pas automatiquement récompensé par les plateformes régulées par ces fameux algorithmes. Mais à ce jour, les plateformes journalistiques telles que La Presse ou Le Devoir existent encore et ne sont pas soumises à la suprématie de ces algorithmes.

Alors, pour les journalistes indépendants, l’IA n’est pas une menace directe, mais elle renforce un bruit ambiant qui existe cependant seulement sur ces plateformes « réseaux sociaux ».


Un ami des journalistes?

Au terme de notre échange, j’ai demandé à Marie-Hélène si l’IA est finalement positive ou négative dans son travail.

« Je pense que ça peut être les 2 à la fois », répond-elle. Mais elle renchérit sur le fait que l’IA et le nouveau contexte qui en découle nécessitent probablement une nouvelle réglementation « souhaitable pour tout le domaine du journalisme, pour la société en général, et même pour la démocratie ».

L’IA modifie le paysage, influence indirectement la visibilité, et demande une certaine adaptation de la part des journalistes et de la société.

Mais elle ne touche pas au cœur du métier. Elle modifie le contenant, mais pas le contenue de la pratique journalistique.

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