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Itinérance : les logements transitoires sous pression face à la crise du logement et le manque de moyen

Logements transitoires pour personnes en situation d’itinérance à Montréal

Photo : Paul Ambroise. Les roulottes qui composent les logements modulaires de La Station. Initialement utilisées pour des projets hydroélectriques dans le Grand Nord québécois, les roulottes ont été acquises et réaffectées par la ville de Montréal.

Depuis février 2026, une vingtaine de personnes en situation d’itinérance ont trouvé refuge à La Station, à Ahuntsic-Cartierville. Géré par l’organisme communautaire RAP Jeunesse, ce site de logements transitoires accompagne les résidents dans leurs recherches d’un logement permanent. Mais sur le terrain, le projet se heurte à deux obstacles : le manque de moyens et la crise du logement.

Des ressources insuffisantes

« On manque de financement comme jamais. On devait accueillir 30 personnes, mais on en héberge 20, faute de moyens pour nourrir tout le monde »  regrette Paméla Simard, directrice du service Habitation à RAP Jeunesse.  

Financé par le gouvernement provincial, le site fonctionne aujourd’hui à capacité réduite. En mars dernier, TVA Nouvelles rapportait que la ministre de la Santé et des Services sociaux, Sonia Bélanger, était au fait de la situation et prête à y remédier. Un mois plus tard, le financement supplémentaires se fait toujours attendre.

« Je cours après le financement. Avec la crise actuelle, il faudrait un financement beaucoup plus important qu’avant, et en ce moment, on ne l’a pas »,ajoute-t-elle. 

Cette pression s’inscrit dans un contexte d’augmentation de l’itinérance visible au Québec. Selon les données provinciales, elle est passée de 5800 personnes en 2018 à plus de 12 000 en 2025, dont 5036 à Montréal. Ces chiffres ne comptent pas l’itinérance cachée, plus difficile à mesurer. 

Quand j’ai commencé à travailler dans le communautaire, on m’a dit que je devrais m’habituer à tricoter avec des bouts de ficelles. Mais là, il n’y a plus de tricot, Paméla Simard

Photo : Paul Ambroise. Paméla Simard, directrice du service Habitation à RAP Jeunesse, assise à son bureau.

Durée de séjour incertaine

La Station accueille des personnes jugées prêtes à la réinsertion, sans problèmes majeurs de santé mentale ou de consommation. Mais la tension actuelle du marché locatif complique leur retour vers un logement permanent.

À l’ouverture des logements modulaires de l’Hippodrome en septembre 2025, géré par Mission Old Brewery, la durée de séjour prévue était de 3 à 6 mois. À La Station, aucune durée maximale n’est fixée. « On laisse les deux premiers mois aux gens pour se familiariser avec le fonctionnement, explique Mme Simard. « Le séjour moyen tourne autour d’un an. » 

« La majorité des gens en situation d’itinérance vivent dans la rue depuis 5 ans. Comment peut-on envisager une réinsertion sociale en trois à six mois ? » se demande Carolyne Grimard, professeure à l’Université de Montréal et spécialiste des enjeux liés à l’itinérance.

« La recherche de logements est compliqué pour ceux qui ont un emploi et qui paraissent bien. Donc ce n’est vraiment pas simple pour ceux en réinsertion sociale », ajoute-elle.

Entre 2024 et 2025, les loyers du Grand Montréal ont connu une augmentation moyenne de 7,2%, une hausse supérieure à celles observées à Toronto et à Vancouver. 

Photo : Paul Ambroise. Une chambre typique dans les habitations modulaires de La Station.

« Maillon manquant » contre l’itinérance

Pour plusieurs chercheurs, les logements transitoires jouent un rôle essentiel dans le continuum de services en itinérance.

Un rapport publié en 2024 par des chercheurs de l’Université McGill qualifie les ressources transitoires de « maillon manquant » du continuum de services. Sans elles, les personnes en situation d’itinérance peuvent rester coincées entre la rue et un marché locatif difficilement accessible. 

À sa publication, le rapport soulignait le manque de logements transitoires au Canada. Un constat partagé aujourd’hui par Carolyne Grimard, « soixante places réparties sur les deux sites, c’est super, mais on est loin du compte. »

Au-delà des ressources transitoires, la chercheuse souligne aussi le manque d’investissements structurels. « Le fédéral ne construit plus suffisamment d’HLM. Le provincial ne construit pas logements sociaux et abordables. Le continuum de service fonctionne mal, mais c’est une question de volonté politique »,  conclut-elle.

Note : En date du 28 avril 2026, la Mission Old Brewery, la ville de Montréal, et le ministère de la Santé et des Services sociaux n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevue ou de commentaire.

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