
Crédit Photo: Andy Quezada Pour Unsplash +
Arriver au Québec à l’adolescence, c’est vivre un déracinement silencieux. Loin des yeux du public, une reconstruction identitaire complexe s’opère. Entre le deuil du pays d’origine et les discussions impossibles en famille, ces adolescents traversent une tempête invisible.
« La société ne voit pas que ces jeunes font un deuil de leur culture. » nous confie America, intervenante jeunesse à la Maison internationale de la Rive-Sud (MIRS). Pour plusieurs, l’adaptation commence par un choc anonyme. Faute de repères, le jeune se renferme. La motivation s’éteint, une violence intérieure s’installe. S’ouvrir devient difficile, même à l’école.
« Vivre 12 ans quelque part et se faire déraciner, ce n’est pas anodin », rappelle America, intervenante jeunesse à la MIRS. Elle insiste sur un point négligé : les regards se tournent presque toujours vers le parcours des parents, laissant celui des adolescents dans l’ombre.
Pour elle, il faut changer de perspective : « Il faut poser les bonnes questions aux jeunes pour comprendre comment ils vivent cette transition. »
Un deuil que les gens ne voient pas
À l’école, les adolescents découvrent une société plus ouverte. En classe, sur leurs téléphones et via les réseaux sociaux, leurs comportements changent. Ils intègrent de nouveaux codes : les droits des femmes, le consentement et la sexualité.
Cette réalité entre en collision avec la culture de la maison, souvent traditionnelle et attachée à la religion. Ce décalage crée un « flou total ».
Pour ne pas déranger leur famille ou par crainte des réactions, les enfants choisissent de mener une double vie. « Ils dissimulent beaucoup de choses à leurs parents, notamment leurs relations amoureuses, qu’ils préfèrent taire par peur d’être jugés », explique l’intervenante de la MIRS.
« Il y aura un écart. Les enfants ne suivront pas les mêmes pas que leurs parents », ajoute America, qui anticipe des tensions majeures pour l’avenir.
Les discussions qu’on n’aborde pas

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Sur le terrain, ce flou culturel s’accompagne de discussions taboues à la maison, notamment autour de la sexualité. L’école tente d’agir en multipliant les ateliers de sensibilisation, mais le milieu scolaire ne peut pas tout porter seul.
« Si l’école fait ce travail, il faut que la maison fasse la même chose », insiste l’intervenante de la MIRS. Pour elle, l’adaptation doit être bidirectionnelle. Les parents doivent aussi connaître la société d’accueil pour soutenir leurs enfants et briser les non-dits.
Ce défi est encore plus lourd hors de Montréal. En région, l’isolement guette les adolescents immigrants. Les places pour s’exprimer se font rares et les activités manquent pour panser ce deuil que la société ne voit pas.





