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Journalisme et viralité : quand ce n’est pas sexy sur TikTok

Saad Tekiout et ses vidéos virales sur les nids-de-poule illustrent la relation en évolution entre le journalisme et la viralité.

Photo: @marquis07 / Instagram. Saad Tekiout et ses vidéos virales sur les nids-de-poule illustrent la relation en flux entre le journalisme et la viralité.

Quand Saad Tekiout a publié ses premières vidéos de réparation de nids-de-poule à Montréal, il ne s’attendait pas à attirer l’attention des médias. Pourtant, CityNews, TVA, CBC et Radio-Canada ont tous voulu lui consacrer un reportage. En réalité, Tekiout n’était qu’un citoyen ordinaire qui voulait rendre service à sa ville. Mais pourquoi la presse ne s’est-elle intéressée à son histoire qu’une fois qu’elle avait atteint des milliers de vues ? Et s’il n’était pas devenu viral, aurait-il quand même fait l’objet d’une telle attention de la part des médias ?

Le contenu viral qui se faufile dans les médias traditionnels n’est pas nouveau. Toutefois, quelque chose semble changer à l’ère des réseaux sociaux.

Le cas de Tekiout n’est pas isolé. Et pour Lola Kalder, vidéojournaliste chez CityNews Montréal, ce n’est pas un hasard. Les journalistes doivent désormais être  « chroniquement en ligne » pour repérer les sujets qui captivent le public. Kalder parcourt elle-même des groupes Facebook communautaires de NDG et de l’Ouest-de-l’Île afin de dénicher des histoires pour CityNews. 

« On veut diffuser des nouvelles qui sont intéressantes pour le public, parce que c’est grâce au public que nous, on survit. Le public, en même temps, ça nous informe, grâce aux commentaires, aux vues, aux likes… » dit Lola Kalder, vidéojournaliste.

Photo : Kaylee Patterson / capture d’écran d’un entretien Zoom.
Lola Kalder, vidéojournaliste chez CityNews Montreal, explique que les journalistes doivent désormais être connectés en permanence.

La viralité comme filtre éditorial

Kalder reconnaît qu’il y a un risque à vouloir suivre la viralité des plateformes. C’est exactement ce qui s’est passé lors du Tribunal permanent des peuples (TPP) sur les enfants autochtones disparus et les tombes anonymes. Ce tribunal de cinq jours, fin mai 2026, avait pour but d’analyser les politiques canadiennes envers les populations autochtones.

La vidéojournaliste constate avec tristesse que seuls cinq journalistes, dont elle-même, étaient présents sur place. Aucun média francophone n’était présent le jour où elle s’y est rendue.

« Ce sont de vraies histoires qui affectent beaucoup de personnes, mais (…) vu que ce n’est pas sexy sur Instagram ou sur TikTok, voilà, on le lâche », déplore-t-elle.

Selon Kalder, le danger est que certaines histoires importantes passent sous le radar simplement parce qu’elles ne deviennent jamais virales.

Une salle avec des chaises vides pendant une séance du Tribunal permanent des peuples à Montréal.
Photo : @daphneartcentre / Instagram. Des chaises vides au Tribunal permanent des peuples, tenu à Montréal du 26 au 29 mai 2026.

Comment la viralité transforme-t-elle le journalisme ?

Mais qu’adviendra-t-il d’un journalisme dicté par ces algorithmes ? D’après Kalder, nous n’en sommes qu’au début de cette transformation. 

« On n’a plus tendance à rentrer à la maison et mettre les nouvelles de 18 heures », affirme-t-elle. « Dans dix ans, je ne sais même pas si ça va encore exister. » 

En réalité, le secteur de la télévision est déjà en déclin. Selon un récent bilan de Cossette Média, la consommation de télévision linéaire a diminué de 22 % chez les adultes de 25 à 54 ans en l’espace de deux ans seulement.

Aujourd’hui, le public se détourne progressivement des médias traditionnels au profit des plateformes numériques. Pour capter l’attention du public, les journalistes doivent désormais rivaliser avec les milliers d’histoires qui circulent en parallèle.

C’est pourquoi, dans un marché où l’attention devient la commodité ultime, les histoires déjà virales risquent de devenir de plus en plus attrayantes pour les médias traditionnels.

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