Ne se considérant ni comme influenceuse ni comme journaliste, Ornella Ntaganda utilise les titres de commentatrice et intervieweuse. Photos : Instagram @ornella_nt et @radiocanada
Je me suis entretenue avec Ornella Ntaganda pour comprendre comment la relation entre les journalistes et le public s’est transformée sur Instagram, depuis que le géant numérique Meta bloque les médias canadiens de ses plateformes.
Ce qui m’intéresse avec son cas, c’est son utilisation des médias sociaux. Sur sa page Instagram, on a accès à des bouts de son quotidien, mais aussi à son travail avec Rad, le laboratoire en journalisme de Radio-Canada. Mélanger les codes de l’influence au profit de l’information, c’est ce qui fonctionne selon Geneviève Raymond, éditrice en chef du HEC Mag et chargée de cours à l’Université de Montréal en journalisme multiplateforme.
L’authenticité : un gage de crédibilité
Créer une proximité avec le public et tisser des liens avec les gens sont ses forces. Pour Ornella, mélanger des bribes de sa vie personnelle et son travail permet d’entretenir un lien parasocial que recherche le public des médias sociaux. C’est ce que Rad tente de faire avec les nouvelles générations. « On essaye d’aller chercher l’attention des jeunes avec des gens qui leur ressemblent. Le sentiment d’appartenance est important. Le visage est une promesse que ça sera bon, » explique-t-elle.

Elle utilise le même compte Instagram depuis qu’elle a douze ans. À l’époque, ses publications étaient destinées à ses proches. En évoluant dans les médias, elle a commencé à publier du contenu produit dans le cadre de son travail. Tranquillement, les deux se sont imbriqués.
« J’ai un dump avec mes amis et, à côté une entrevue avec un survivant de l’attentat de la mosquée de Québec. Il faut apprendre à jongler avec tout ça. C’est plus juste tes amis, mais c’est des gens qui te suivent avec la promesse que tu les informeras, » partage Ornella.
Blocus de Meta : la création d’une proximité

Lors d’une conférence, Nicolas de Clark Influence a partagé que l’authenticité des créateurs, c’est ce qui fonctionne sur les médias sociaux. « Ils se livrent tels qui sont, sans chercher à être la personne la plus sympathique. Ils développent ce lien de proximité en se montrant au même niveau que leur audience, » explique-t-il en parlant des influenceurs qui réussissent sur les plateformes numériques.
Ornella ne croit pas que travailler pour Rad change la perception que les gens ont d’elle, mais plutot que ça lui ajoute une certaine crédibilité. « Je reste toujours proche de moi. Je suis à l’écoute de qui je suis. Même s’il y a le logo [de Radio-Canada], je pense que les gens me suivent au final pour qui je suis, » dit l’intervieweuse.
Depuis juin 2023, le géant Meta bloque les médias de toutes les plateformes. L’objectif constituait à produire des ententes commerciales avec les géants numériques. Google a choisi de payer des redevances aux médias canadiens, alors que Meta a refusé. Pour répondre à la demande du CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes), le géant du web a choisi de bloquer tous les comptes médiatiques de ses plateformes. C’est pourquoi on retrouve sur Instagram de plus en plus de journalistes qui publient leur travail sur leur compte personnel.





