Des projections revendicatrices ont eu lieu le 31 mars sur un immeuble de Parc-Extension à Montréal. (Image : RCLALQ)
Le 31 mars dernier vers 19h45, près de 150 personnes se sont rassemblées, sous la pluie, pour voir s’illuminer, en blanc et rouge, des slogans revendicateurs sur un immeuble à logements de l’arrondissement Parc-Extension à Montréal. Une initiative du Regroupement des comités logements et associations locataires du Québec (RCLALQ) avec la collaboration du collectif de projectionnistes anonymes Le Sémaphore.
Pendant près d’une heure, on pouvait observer des messages défiler sur le mur dans la pénombre. On y lisait entre autres « Refusons nos hausses ensemble », « 150$ c’est trop », « je refuse l’augmentation proposée ». La corporation de développement communautaire du Plateau Mont-Royal (CDC PMR) a elle aussi fait usage de projections pour afficher temporairement leurs revendications sur les murs de la ville.
Une action in situ
Les revendications du CDC PMR dénonçaient l’achat d’immeubles, appartenant aux gouvernements, par des promoteurs privés. Selon eux, ces ventes se font au détriment de la population. Leur action du 19 mars ciblait l’hôtel-Dieu, l’institut des sourdes et le bâtiment Vanhorne. Le CDC PMR avance que les bâtiments publics vacants devraient servir à créer des logements sociaux plutôt que d’être vendu.
Pour le RCLALQ, l’immeuble choisi et la date de projection portent une signification. « Le 31 mars a été choisi comme date symbolique, puisque c’est pour la majorité des locataires au Québec la dernière journée pour recevoir un avis de modification et de renouvellement de bail, » explique Émile Boucher, organisateur communautaire pour le regroupement.

(Image : Facebook CDC PMR)
Les deux organismes s’entendent pour dire que les projections revendicatrices permettent d‘illustrer avec un lieu concret ce qu’ils dénoncent. C’est une autre manière de s’approprier l’espace public en y posant ses revendications directement sur les murs.
Anaïs Hélie-Martel, au volet d’habitation de la CDC PMR, a abordé les liens que tissent les mots avec les lieux choisis pour leurs actions. « On veut montrer comment ces bâtiments jouent [un rôle] dans la crise du logement, » dit-elle. L’intervention s’inscrit directement sur le lieu dans lesquel les revendications prennent racine. Ces projections peuvent être qualifiées d’in situ. Poser le même message sur un autre endroit lui ferait perdre son sens.
Nous avons contacté la ville de Montréal pour avoir leur avis sur cette utilisation de leurs bâtiments. Elle a refusé notre demande d’entrevue.
L’affichage rencontre les partages
Bien qu’éphémères sur les murs de la ville, les slogans sont ensuite publiés sur les médias sociaux. Les messages ont alors une visibilité à long terme. C’est d’ailleurs l’attrait pour les organismes qu’ils désirent rejoindre le public, comme le RCLALQ ou les différents paliers du gouvernement, comme CDC PMR. L’objectif est d’attitrer l’attention. Les visuels lumineux sont une porte d’entrée pour ensuite aborder en détail les messages projetés sur les réseaux sociaux.
Les publications des événements, sur le compte Instagram du CDC PMR, décortiquent les messages, leur lien avec le bâtiment et la situation du quartier. Les projections se transforment pour ces organismes en campagnes de sensibilisations sur les médias sociaux.
« C’est la première fois que je ressens autant d’engouement autour d’un projet. Je pense qu’il y a un effet de grandeur qui rend ça impressionnant. Ça joue sur l’imaginaire et le fait qu’on se réapproprie l’espace public, » raconte Anaïs Hélie-Martel
Le RCLALQ a lui aussi ajouté du contexte à leur action. Ils ont publié, sur leurs réseaux sociaux, des avis d’augmentations abusives des locataires de l’immeuble de Parc-Extension, sur lequel a eu lieu la projection. Leurs publications ont aussi été republiées par les auteur.trices Kev Lambert et Alex Viens, la poétesse et chroniqueuse Marie-Élaine Guay et l’humoriste Coralie LaPierrière, offrant une visibilité supplémentaire à leurs revendications.
Rester dans l’ombre pour se faire entendre
Assez mystérieux, le collectif de projectionnistes Le Sémaphore est actif depuis 2011, selon leur site web. Ce sont eux qui s’occupent de la technique derrière les projections revendicatrices. Le groupe agit comme un appui, permettant aux organismes de réaliser des actions porteuses.
« Ils vont nous aiguiller sur ce qui fonctionne bien visuellement et sur la logistique en fonction de l’immeuble qui a été choisi. C’est souvent sur des considérations plus techniques, » partage Émile Boucher.
Ils ont tout de même un angle militant à leurs collaborations. Selon Anaïs Hélie-Martel du CDC PMR, « ils veulent visibiliser les propos des gens qui les contactent. À travers leur art et leur technique, ils sont une voie de transmission. » C’est en s’associant avec différents organismes que le collectif partage ses idéologies.
Une demande d’entrevue a été faite à l’intention du Sémaphore pour avoir leur éclairage sur la situation. Ils ont refusé notre demande d’entrevue. « Nous préférons rester dans l’ombre et nous concentrer sur nos actions en laissant ensuite celles-ci suivre leur cours, » a expliqué le collectif par courriel.

Les réglementations autour des projections
Le RCLALQ tout comme le CDC PMR ne croient pas être dans l’illégalité en ce qui à trait à leurs actions respectives. Anaïs affirme qu’« [il] n’y a rien qui empêche. C’est complètement légal, le matériel est dans l’espace public et on n’endommage aucun matériel. »
Bien qu’il nous ait mentionné l’ambiguïté qui entoure cette action, Émile nous dit : « Pour nous, c’est une action qui était légitime et qui entrait dans le cadre légal. »
Il y avait une présence policière lors des projections revendicatrices et du rassemblement du 31 mars. Les policiers n’ont fait aucune intervention dans le cadre de l’action. Le RCLALQ n’a pas demandé l’accord du propriétaire de l’immeuble. Toutefois, plusieurs locataires de l’immeuble étaient présents sur place pour regarder les projections et pour revendiquer leurs droits au logement.





