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Qui suis-je entre mes passeports et mes expériences?

L'entrée principale au Collège Stanislas à Montréal.

Collège Stanislas, à Outremont, enseigne à ses élèves selon le cursus français.

Être étudiante me permet de faire diverses rencontres avec des gens qui ont toutes sortes de parcours de vie. C’est au certificat que j’ai rencontré Lena. Dans sa manière de s’exprimer, elle me paraissait française. Je l’ai donc questionné sur ses origines et à ma grande surprise : Lena est d’origine québécoise.

Ce qui explique ses expressions et ses référents français, c’est son parcours scolaire ; de la maternelle au secondaire, Lena a fréquenté les collèges français, dont le collège Stanislas, à Montréal. Bien qu’elle soit québécoise, étudier le cursus français, a eu une incidence sur la construction de son identité.

C’est cette interaction qui a donc été la prémisse de ma réflexion sur les étudiants qui fréquentent les collèges français au Québec.

Avec les débats sur l’identité québécoise et le questionnement omniprésent sur l’utilisation de la langue française, qu’en est-il de ces étudiants, qui parlent français, mais qui étudient un cursus scolaire différent de celui du Québec? Comment une école, comme le Collège Stanislas, à Montréal, peut participer aux questionnements identitaires des jeunes qui composent déjà avec plusieurs origines?

Grandir un peu partout à la fois

J’ai débuté mes recherches avec Lena. Bien qu’elle soit née au Québec et qu’elle y ait terminé ses études, à 6 ans, elle est partie étudier au Kenya. Puis au Maroc. À son retour à Montréal, Lena a fréquenté le Collège Stanislas durant un an.

Son parcours scolaire international, l’a menée à se questionner sur son identité, qui selon elle, varie selon les institutions : « En vrai, c’est un parcours un petit peu particulier, parce que ton identité, elle change en même temps que tu changes d’école. »

L’éducation offerte dans les collèges français et la diversité culturelle présente dans les classes ont, selon Lena, eu une incidence positive sur son ouverture d’esprit et sa compréhension du monde. Cependant, elle précise qu’étudier en français, dans un pays qui parle français, fut une expérience particulière. En tentant de s’intégrer dans une culture qui est initialement la sienne, Lena s’est retrouvée devant un nouveau constat : les références québécoises qu’elle connaissait, n’était plus celles des jeunes de son âge. « Mes références québécoises étaient celles que mes parents avaient avant qu’on parte [du Québec]. Du coup, j’avais 15 ans de retard sur les codes québécois quand je suis arrivée ici. »

J’ai rencontré Audrey, une étudiante en architecture à l’Université de Montréal, qui elle aussi, compose avec différentes origines. Audrey est chinoise, mais est née à Madagascar, où elle a étudié jusqu’à l’âge de 10 ans. Ensuite, elle est partie en France, jusqu’à 12 ans, pour finalement venir à Montréal. « J’ai le passeport malgache, le passeport de Macao qui est une petite île près de la Chine. J’ai aussi la nationalité taïwanaise, puis canadienne. »

À la lumière de son passage au Collège Stanislas, Audrey affirme que pour s’intégrer adéquatement à la culture québécoise, elle a dû s’impliquer dans des activités externes à celles de son école. « En gros, si on ne sort pas un peu de cette bulle, c’est un peu plus compliqué de s’intégrer. »

Guillaume, lui, est d’origine française et a intégré Stanislas à 12 ans. Il m’explique que, malgré la présence de cours d’histoire du Québec dans le cursus, son exposition à la culture s’est faite majoritairement à travers ses relations avec des québécois. « J’ai beaucoup plus appris sur la culture québécoise, disons familière, au contact de ma copine et de sa famille. »

Après avoir recueilli ces témoignages, j’ai voulu constater comment la culture québécoise vit entre les murs du Collège Stanislas.

Tableau comparatif entre le cursus scolaire français et québécois.
Sur le site web, on y voit un tableau comparatif entre le cursus français et le cursus québécois, de la maternelle jusqu’au CÉGEP.

La France à Outremont

Le Collège Stanislas est basé à Outremont, à Montréal. Sur son site web, l’historique du collège y est inscrit. Depuis 1938, cette école accueille environ 2700 étudiants, de la maternelle jusqu’à la dernière année du cursus, nommé « la terminale ».

J’ai une entrevue avec Mirna Moubarak, coordinatrice des admissions et du registrariat. Je suis en avance, ce qui me permet d’observer les employés et les élèves interagirent entre eux. Les jeunes semblent venir d’un peu partout sur le globe et discutent en français ou en anglais.

Mirna m’accueille et me fait un portrait global du collège et de ses étudiants. Elle m’explique qu’il y a environ 70 nationalités différentes dans l’école. Selon Mirna, c’est d’ailleurs ça, la force de Stanislas ; la diversité. Pour ce qui est de l’inclusion de la culture québécoise, elle explique que le collège s’assure de l’incorporer, à travers un cours d’histoire du Québec et d’autres cours du cursus québécois, en plus de sa présence au travers des élèves québécois. « Déjà la culture elle est là, à travers les élèves québécois que nous avons. Donc, dans la vie sociale, la culture québécoise est bien présente. »

Les défis de la multiculturalité

C’est Maya Yampolsky, professeure agrégée à l’école de psychologie de l’Université Laval, qui m’a éclairée sur les identités multiculturelles. Elle explique que les individus qui ont une identité multiculturelle ont une vision plus ouverte du monde. « Avoir un contact entre les différents groupes, ça augmente notre acceptation, notre conscience des autres [cultures]. Ça diminue les préjugés. »

La présence de la multiculturalité est une richesse, ajoute la professeure, en autant qu’elle soit présentée de manière claire et égalitaire. « Il faut que le contact soit positif et non pas dans une dynamique de pouvoir qui renforce les stéréotypes. Ça devrait être en collaboration, sur des bases égales. »

Selon elle, les éléments qui peuvent fragiliser le développement ou l’estime de ces jeunes, est la marginalisation et la vision sociétale uniculturelle qui leur sont imposées.

Les parcours de ces jeunes adultes ont été façonnés de manières différentes, mais se voient tachetés d’expériences communes. Après les déménagements outremer, les nouveaux amis et les questionnements identitaires, se trouvent des gens qui aujourd’hui, habitent le Québec et le font vivre en eux.

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