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Journalisme indépendant et réseaux sociaux : visibilité et risques

Les journalistes Emelia Fournier (The Rover) et Oona Barrett (Pivot)

À gauche, Emelia Fournier (The Rover), à droite Oona Barrett (Pivot). Crédit : Paul Ambroise. Logos : The Rover et Pivot.

Les plateformes numériques comme Instagram, Tik Tok, ou YouTube Shorts, offrent aux journalistes indépendant(e)s de nouvelles façons de rejoindre leur public et de couvrir des enjeux sociaux. Elles impliquent aussi une exposition accrue et une relation plus directe avec leur audience. Comment conserver sa rigueur journalistique tout en adoptant les codes des réseaux sociaux ? Et comment composer avec les critiques et risques qui accompagnent cette visibilité ?

Rejoindre et interagir sur les plateformes

Oona Barrett est vidéo journaliste pour Pivot, média québécois avec une ligne éditoriale progressiste assumée. Si elle préfère les longs reportages, le format vertical lui permet d’informer un public large sur les sujets qu’elle couvre. Quand cela est pertinent, elle peut ensuite le rediriger vers des reportages plus approfondis.

« Avec le format vertical, il faut réussir à donner le plus d’informations possibles. […] les personnes vont peut-être regarder une minute et partager si le contenu les interpelle. »

Les comptes Instagram de Emelia Fournier (à gauche) et de Oona Barrett (à droite)
Les comptes Instagram de Emelia Fournier (à gauche) et de Oona Barrett (à droite)

Pour Emelia Fournier – journaliste indépendante collaborant avec The Rover – les réseaux sociaux lui permettent d’interagir avec son public. : « Je reçois des commentaires positifs sur mon travail, mais on me souligne aussi des erreurs. Je peux alors communiquer directement avec les personnes concernées. »

Le dialogue avec le public sur les réseaux aide à établir la confiance, avance Emelia Fournier

Sa présence en ligne lui permet aussi d’obtenir des sources et des pistes d’enquête. À l’instar de ce reportage, qui, à l’origine, est parti d’un message privé Instagram.

Conserver son indépendance face aux algorithmes

Oona souligne les risques de suivre logique des algorithmes : « En tant que journaliste, c’est sûr qu’on a envie que nos contenus soient lus ou regardés. Le danger, c’est de finir par choisir certains sujets parce qu’on sait qu’ils vont davantage intéresser notre public. »

 On garde le public intéressé, tout en restant journaliste. On ne veut pas finir influenceur. » affirme Oona Barrett

Mais cette visibilité a aussi un coût. En étant actives sur les plateformes, les journalistes deviennent aussi plus vulnérables aux critiques, voir à l’intimidation.

Les risques de la visibilité pour les journalistes indépendantes

En 2020, 73% des femmes journalistes indiquaient avoir vécu de la violence en ligne dans le cadre de leur travail. Un rapport récent des Nations-Unies indique que ce problème a significativement empiré depuis l’avènement de l’intelligence artificielle.

Mirjam Gollmitzer, professeure à l’Université de Montréal et spécialiste des médias, affirme : « Les journalistes indépendantes sont plus vulnérables par leur statut. Elles ne disposent pas du même soutien juridique, psychologique ou financier qu’une grande rédaction peut offrir. »

Si elle n’a jamais fait face à des menaces graves, Oona Barrett indique être consciente des risques liés à son travail vidéo journalistique.

« Avec l’IA, aujourd’hui, montrer son visage sur les réseaux sociaux peut attirer beaucoup de critiques. Voir susciter un retour de bâton de l’extrême droite. Et ça peut vraiment faire peur » regrette-t-elle.

Elle poursuit, « je sais que ça va surement arriver de plus en plus avec la montée de l’extrémisme, mais je pense que pour l’instant c’est contrôlable. »

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