Drapeau LGBT+ dans une foule
Crédit photo : Raphael Renter-unsplash
PAR MARC-OLIVIER BISSON ET JENNIFER JETTÉ
Avec la récente montée du conservatisme, on observe que les revendications de la droite politique à l’égard des droits LGBT+ portent dorénavant exclusivement sur les enjeux relatifs à l’identité de genre.
Les partis conservateurs et libertariens d’aujourd’hui semblent délaisser les débats sur l’orientation sexuelle « afin de s’attaquer exclusivement à l’identité de genre », conclut le stratège politique et spécialiste des relations publiques Rémi Francoeur. Au sein des partis de droite, les a priori face à la communauté LGBT+ portaient historiquement sur des enjeux reliés à l’orientation sexuelle. Ils se sont opposés au mariage gai ainsi qu’à la procréation assistée chez les personnes de même sexe.
Les enjeux LGBT+ actuels pour la droite politique
Les plateformes électorales conservatrices et libertariennes au Canada et aux États-Unis proposent aujourd’hui des mesures à l’encontre de l’expression de genre. Leurs programmes incluent « L’interdiction des opérations d’affirmation de genre chez les mineurs, ainsi que la cessation de la lecture de contes pour enfants par des Drag Queens », précise le stratège politique Francoeur.

Crédit photo : Esther Gibbons
Le Parti Populaire du Canada, un parti considéré de droite sur l’échiquier politique canadien, présente dans sa plateforme électorale un plan contre l’idéologie dite radicale du genre. Pour ce qui touche les enjeux historiques concernant l’orientation sexuelle, la plateforme du PPC n’en traite pas.
M. Martin Masse, co-fondateur de ce Parti, lui-même homosexuel, juge que tous les Québécois et Canadiens, peu importe leur orientation sexuelle, leur race ou leur sexe, jouissent des mêmes droits aux yeux de la Loi. Concernant les demandes des personnes transgenres, queers et non binaires, M. Masse est d’avis que « ce qui est décrit comme étant des droits LGBTQ aujourd’hui, ce sont en fait des privilèges indus que l’on essaie d’imposer de façon autoritaire ».
M. Masse considère « que les gens qui se disent porte-parole de cette soi-disant communauté-là, sont simplement des faux porte-parole qui se servent de ce sujet-là pour obtenir des subventions de l’État […] et faire ce qui est rendu aujourd’hui essentiellement des revendications totalement injustifiées ».
Il existe en théorie une égalité pour tous les citoyens face à la loi, notamment vis-à-vis la Charte canadienne des droits et libertés, indique l’avocate civiliste Me Tanya Da Costa. Celle-ci rappelle que l’application de certaines règles de droit peut engendrer des situations difficiles pour les gens issus de la communauté queer. « La difficulté pour un couple homosexuel de se voir reconnaître la parentalité dans le cas d’une mère porteuse » demeure un défi pour la communauté LGBT+ dans le présent contexte législatif, précise-t-elle.
Questionné sur cette application inégale de la Loi, M. Masse du PPC réplique que selon lui, « un enfant devrait avoir un père et une mère. […] Je pense que ce n’est pas recommandé pour le bon développement émotif et autre d’un enfant, je pense qu’ils devraient vivre idéalement avec leur père et leur mère biologique ».
« Je trouve que le mariage est une institution hétérosexuelle qui vise à la reproduction »
– Martin Masse

Crédit photo: Alain Roberge, La Presse
Un changement « stratégique » quant aux droits LGBT+
L’évolution quant aux droits de la communauté LGBT+ chez les partis de droite « relève d’une stratégie politique calculée » selon le stratège politique Rémi Francoeur. Alors que le nombre de personnes qui s’identifient comme transgenre ou non binaire est marginal, leurs demandes suscitent la controverse auprès de la population générale. En effet, M. Francoeur explique que la question des opérations chirurgicales chez les personnes transgenres mineures ainsi que celle de l’écriture inclusive constituent des enjeux actuels populaires repris dans les plateformes électorales des partis de droite.
À contrario, la population gaie compte environ 1 million de membres au Canada. Les questions autour des préférences sexuelles des individus suscitent beaucoup moins de réactions auprès de la population maintenant. Les partis de droite ont ainsi bien peu intérêt à créer des débats publics basées sur l’orientation sexuelle, conclut Rémi Francoeur.
Parmi les homosexuels se trouvent des individus qui ne sont pas d’avis que les enjeux LGBT+ priment. Puisqu’ils ne vivent pas de discrimination en raison de leur orientation sexuelle, « ils sont disposés à appuyer un parti qui s’attaque à l’identité de genre, afin de plutôt prioriser leur portefeuille », souligne M. Francoeur.
Certains militants de la droite, comme M. Masse, réfutent carrément le concept d’une communauté LGBT+. Selon lui, les homosexuels, les lesbiennes ainsi que les transgenres n’ont rien en commun. Ils ne devraient pas être représentés par une même organisation. Il est primordial, ajoute M. Masse, de rejeter « toutes ces idées bizarres d’extrême gauche ». Avec ces « revendications absurdes sur le genre et la présence d’une communauté qui inclut à la fois les gens homosexuels et transgenres, ils mettent en danger les acquis qu’on a obtenus pour les gens gais et bisexuels ».
Nous avons aussi tenté de parler avec le chef du Parti Conservateur du Québec, Éric Duhaime, mais son équipe a refusé notre demande d’entrevue. Nous pouvons quand même l’entendre sur l’identité de genre, dans l’épisode du balado Prends un break, diffusé le 6 décembre 2024. Il y exprime son désaccord pour les transitions de genre chez les mineurs qui peuvent, dans certains cas, procéder sans l’autorisation de leurs parents.
« […] Il y a eu un reportage à Radio-Canada, je ne sais pas si vous l’avez vu récemment, il y a quelques mois sur les transitions, puis on voyait notamment, ils ont accompagné une fille qui voulait transitionner dans une clinique à l’abri de ses parents ça a pris quelques minutes de consultation chez un médecin pour pouvoir avoir des bloqueurs d’hormones, moi ça ça m’a fait un peu freaker là. C’est quelque chose d’ultra sérieux ça été ça nous autres le point de départ qui fait qu’on a présenté une politique là pour dire là ça va beaucoup trop loin, puis il faut un mamné mettre un frein à tout ça. »
– Éric Duhaime





